Wokistes et environnementalistes : sont-ils un atout ou un frein pour la transition écologique ?

Par Fabrice AllegoetLe 14 décembre 2023
environnementalistes

La transition écologique, c’est une nécessité pour préserver la planète et assurer un avenir durable pour tous. Parmi les acteurs clés engagés dans ce processus, l’on peut citer les wokistes et environnementalistes.

Bien que leurs actions soient souvent décriées par les uns, supportées par les autres, ces derniers participent potentiellement à promouvoir la durabilité et une justice sociale/environnementale.

Ainsi, leur approche, considérée comme radicale, peut-elle remettre en cause leur rôle et pire nuire à la transition écologique ? Pour y répondre, il faut comprendre leur influence et la pertinence de leurs actions dans la lutte pour la préservation de l’environnement.

Wokistes, environnementalistes, transition écologique : aux origines

Il faut partir de ces concepts : wokisme, environnementalisme pour comprendre les enjeux et les incidences sur la transition écologique.

Wokistes, qu’est-ce que ça veut dire ?

Wokiste à la base n’est pas un terme menaçant, un danger qu’il faut combattre ni pour la culture, l’art, la science, l’environnement. Il ne s’agit pas non plus de déconstruire toute une culture, celle occidentale en particulier comme l’énoncent ses détracteurs si l’on se réfère au véritable mouvement woke et ce qu’il désigne aux États-Unis.

Le terme wokisme signifie l’éveil : se réveiller, être en alerte face à une quelconque injustice.

Par exemple, la discrimination envers les femmes, les minorités sexuelles, la couleur de peau, etc. Être woke s’étend également à l’environnement. Ce mouvement s’attaque à plusieurs domaines : social, l’écologie… C’est revendiquer, dénoncer ces phénomènes comme le réchauffement climatique parce qu’il faut agir… Être wokiste, en soi, ce n’est pas contraire à la transition écologique, puisque ce terme est en phase avec l’écologie. Il aborde en effet cet aspect.

Être environnementaliste, qu’est-ce que c’est ?

L’avènement de l’environnementalisme contemporain est le résultat de préoccupations croissantes au sujet des problèmes environnementaux. Des évènements majeurs ont poussé à la naissance d’un tel mouvement. C’est le cas de la Journée internationale de la Terre, nourricière célébrée pour la première fois aux États-Unis en 1970. Depuis lors, les environnementalistes, en tant que personnes engagées pour la planète, luttent en faveur d’actions, politiques plus durables. Ils sensibilisent en parallèle autrui aux enjeux environnementaux/à l’écologie.

Transition écologique et polémique autour de ces notions

Le terme woke en anglais vient du verbe wake signifiant « se réveiller, prendre conscience de quelque chose ». Depuis quelques années, les politiques, médias,… parlent du mouvement woke (avec un intérêt grandissant). Pourtant ce terme n’est pas nouveau en soi. Il fut mis avant par le mouvement concernant l’accès aux Noirs aux droits civiques, déjà au XXème siècle aux États-Unis. Aujourd’hui, il continue son expansion à travers le globe tant les problématiques visées sont larges et importantes (environnement/écologie, lutte contre les inégalités, la santé, le bien-être, les sciences/technologies, le genre/l’identité…). Il tend à devenir ce que la plupart considère être l’éveil du citoyen.

Analyse

Peut-être parce qu’il peut tendre à devenir un véritable mouvement de société, mais cela reste discutable. Certains le qualifient de mouvement dangereux, extrêmes, de « culture woke », une idéologie à contrer, est-ce à tort ou à raison ? Là où pour d’autres, ce danger est assurément fictif.

Le terme woke en rapport avec les activistes wokistes

Ils demeurent aujourd’hui aux yeux de certains un terme polémique. En France, selon un sondage réalisé, bon nombre de Français n’ont jamais entendu parler de ce terme (86 % selon un sondage Ipsos), s’agissant des autres, 8 % en avaient déjà entendu parler sans savoir sa signification réelle. Ainsi, le pourcentage d’individus connaissant ce terme est bien faible en France, personne ne s’en revendique d’ailleurs, jusqu’à preuve du contraire.

De sorte que pour certains, s’il est autant critiqué, c’est pour « dénigrer » les revendications de ces manifestants qui peuvent concerner de multiples domaines comme l’écologie, etc.

Mais c’est sans oublier qu’à travers ce mouvement, certains manifestants ont usé à maintes reprises de menaces, violences, pour revendiquer ; ce qui a conduit à l’annulation de spectacles, conférences, etc. Partant, ce mouvement devient problématique pour la transition écologique quand les actions deviennent discutables.

Bon à savoir : à côté du wokisme, existe le terme d’écoféminisme, une unification des termes écologie et féminisme apparut dans les années 1970.

Pour ces femmes militantes, il existe un lien entre la domination de la nature et celle des femmes. Selon ce mouvement, la réification de la nature et la domination de l’homme sur celle-ci sont liées, à cela s’ajoute la violence envers les femmes. Ainsi, l’exploitation des ressources naturelles et ces violences ont une racine commune : celle du « désir du pouvoir et le contrôle ». Ce mouvement tend à repenser la relation de l’homme envers la nature/la femme et à travailler pour une société plus égalitaire, durable selon ces aspirants.

S’agissant des environnementalistes, l’on ne cesse d’évoquer leurs performances militantes jugées de virulentes pour certains. Allant pour ces derniers jusqu’à les considérer comme inutiles, absurdes, voire contre-productives.

Citons l’exemple du tableau Les tournesols de Van Gogh. Celui-ci a été « attenté » par deux membres du mouvement Just Stop Oil.

Ces derniers, sur ce tableau y ont renversé un pot de soupe à la tomate pour revendiquer. Un autre exemple, des militants écologistes ont attaqué au marteau la « Vénus au miroir » de Vélasquez. Des attaques de ce type de plus en plus fréquentes. Ainsi, les critiques autour des environnementalistes, tend vers leurs actions jugées « extrêmes ». Ce qui peut aux yeux du grand public être tout à fait contre-productif. Comment éduquer les autres aux enjeux environnementaux/transition écologique, si les actions menées pour y parvenir sont perçues par autrui comme étant vaines, extrêmes ou mauvaises ? Et c’est tout l’enjeu autour de ces deux mouvements : environnementalisme et wokisme.

Wokistes, environnementalistes aujourd’hui face à la transition écologique

Se concentrer uniquement sur la polémique entourant les mouvements des wokistes/environnementalistes, c’est occulter leur but ultime en matière de transition écologique et potentiellement ne pas reconnaître la portée de leurs actions, quoique discutable…

Mouvement wokiste et le contexte de la transition écologique en France

La transition écologique en France, c’est un processus continu dont le but est de réduire l’impact environnemental du pays, promouvoir le développement durable, répondre donc aux ODD. Cela se fait à travers des lois en faveur de la protection de l’environnement, d’actions concrètes pour respecter certains accords internationaux, comme l’accord de Paris sur le changement climatique. Aussi, relancer l’économie tout en tenant compte de la dimension environnementale. C’est le cas du plan France Relance avec deux principales ambitions. La première sur la relance de l’économie, la seconde qui tient compte de quelques propositions issues de la Convention citoyenne pour le Climat vise à bâtir la France de 2030. L’accent est donc mis sur la relance verte. Cela touche plusieurs domaines : transports, énergie, logement et rénovation énergétique, économie circulaire, circuits courts, biodiversité, transition agricole, etc. Également les aides pour financer certains travaux d’isolation, chauffage,… comme MaPrimeRénov.

De plus, la transition écologique s’inscrit dans ce contexte de dépendance aux énergies fossiles, de problèmes liés à la pollution (eau, air, sols).

La France est consciente de tous ces enjeux

Elle est d’ailleurs signataire de bon nombre d’accords internationaux sur la réduction des GES. Ainsi, le gouvernement a mis en place une série de mesures et de politiques pour simplifier la transition écologique. C’est le cas de la loi pour la croissance verte avec des objectifs ambitieux. Par exemple, la réduction des émissions de CO2, l’usage des énergies renouvelables, et plus.

Sensibiliser le grand public aux enjeux environnementaux/écologiques fait partie des éléments clés pour une transition écologique réussie.

D’ailleurs, le mouvement environnementaliste prend de l’ampleur en France, remarqué par des actions citoyennes, manifestations pour lutter contre le changement climatique, préserver l’environnement. Pour ce qui est du concept wokiste, en France spécifiquement, bien que ce terme ne soit pas très connu du grand public, l’on peut quand même énoncer l’extension de ce phénomène dans certains milieux : associatif, monde universitaire, théâtre, politique, syndicat (étudiant…), entreprise, média…

Ce qu’il faut mettre en évidence, c’est lutter contre la culture woke ou d’annulation afin de ne pas tomber dans l’excès.

Par exemple, en entreprise, la RSE et le wokisme, il faut pouvoir répondre aux attentes des clients/collaborateurs en matière de justice sociale, d’environnement… d’une part et de l’aspect managérial/communication interne d’autre part, loin du marketing woke, la politique. Parce que l’on peut être à la fois environnementaliste et wokiste sur les questions touchant l’environnement, être éveillé et agir en conséquence. C’est aussi ne pas outrepasser la loi en se hissant en défenseur des opprimés/minorités/cause environnementale.

Bon à savoir

En France, la loi sanctionne déjà les discriminations dénoncées par la culture woke, et ce, en faveur de la race, religion, sexe, couleur de peau…

La discrimination « positive » (loi 11 février 2005 et 17 décembre 2008) existe également pour des cas bien spécifiques. Par exemple l’égalité femme/homme ainsi que le quota à respecter pour les personnes handicapées en entreprise.

Le rôle des wokistes et environnementalistes dans la transition écologique

Ces derniers jouent un rôle non négligeable dans la transition écologique puisque l’on leur reconnaît cette capacité à :

  • sensibiliser et mobiliser le grand public,
  • pousser les autres à agir, en faveur de l’écologie, la préservation de la planète.

Dans leur quête pas nécessairement opposée, puisque les questions environnementales touchent l’un comme l’autre, ils agissent pour la défense « de la justice environnementale » où prime la responsabilité sur la liberté. Leurs actions trouvent grâce dans la lutte contre les inégalités sociales (communautés marginalisées) et environnementales.

Ainsi, ils mettent en lumière les pratiques néfastes, décrient les politiques environnementales insuffisantes, les pratiques commerciales irresponsables, etc. Et incitent les gouvernements, entreprises, individus, à adopter des politiques/gestes/comportements plus écologiques, à limiter les émissions de CO2 et à adopter des pratiques durables.

Les wokistes et environnementalistes participent dans une certaine mesure à la transition écologique

En effet, leur engagement en faveur de la justice sociale, combiné à un dévouement farouche pour la protection de l’environnement, les amène à promouvoir une transition écologique. Dénoncer, sensibiliser, agir, critiquer, faire pression sur les décideurs politiques, parties prenantes s’inscrivent dans leur démarche de revendication et de prise de conscience.

Appel possible à une collaboration constructive entre wokistes, environnementalistes, parties prenantes pour une transition écologique réussie ?

Pour promouvoir une transition écologie réussie, il faut encourager un dialogue constructif et pourquoi pas une collaboration entre toutes ces parties prenantes : wokistes, environnementalistes, politiques, entreprises… Plutôt que de se laisser envahir par des concepts d’outre-Atlantique, de craindre une potentielle annihilation de la culture/valeur occidentale, ou un quelconque radicalisme de la part des uns et des autres,…

Il faut relever les forces et les faiblesses de tels mouvements dans une démarche orientée actions-résultats.

Ce que ces personnes dénoncent, c’est ;

  • l’atteinte à l’environnement,
  • le manque de sanctions, des perspectives nouvelles pour répondre à un problème urgent.

En d’autres termes, comment trouver des solutions stratégiques pour répondre aux enjeux écologiques et mieux faire face à la transition écologique. Quand se mêle justice sociale et environnementale, il n’y a plus de place à la critique, mais à l’action, encore faut-il agir raisonnablement.

Le défi à relever, il est double

D’une part, faire face à la peur suscitée par l’évolution du mouvement woke, de l’autre les actions des environnementalistes et wokistes jugées extrêmes. Mais en réalité, ne s’agit-il pas de « simples » mouvements en quête de solutions qu’il faut « entendre » ?

Auteur de l'article: Fabrice Allegoet

Fabrice ALLEGOET est un formateur confirmé et certifié en droit social qui s'est spécialisé dans différentes matières (santé et sécurité au travail, RSE et développement durable, management et communication en entreprise). Il est l'animateur des Podcasts "Le CSE En Clair" et "Le Droit de Savoir by CÉOS".